La cérémonie civile, une demande croissante pour un service à créer

La cérémonie civile, une demande croissante pour un service à créer

demande croissante de cérémonie civile

D’après les chiffres parisiens, au Père Lachaise dans 66 % des cas il y aura aucun geste religieux, aucun geste religieux au départ de la chambre mortuaire de l’hôpital, il n’y aura eu aucun geste religieux au crématorium, aucun geste religieux éventuellement pour la dispersion des cendres,... A Champigny dans un autre crématorium les chiffres sont identiques, ce qui montre que ce n’est pas un phénomène marginal.

Professionnels du funéraire et cérémonies pour les obsèques

Les professionnels du funéraire ont une obligation de réponse car il y a une vraie demande, mais il n’y a aucune instance pour encadrer la profession, alors qu’il faudrait de la rigueur, des maîtres de cérémonie formés sur le fond et la forme car il faut du rituel et de la personnalisation dans un certain équilibre. Dans une cérémonie civile il faut d’abord nomer le défunt, quand il s’agit d’une mort périnatale, que l’enfant n’a pas d’existence puisqu’il est mort avant la naissance, le nommer c’est déjà lui donner une existence, c’est éviter qu’on reporte sur l’enfant puîné celui qui n’a pas existé , ensuite on va le relier avec les personnes qui sont dans l’assistance, ensuite on va l’évoquer, c’est souvent le rôle de la famille, on peut passer des photos, raconter des anecdotes, on fait monter l’émotion mais derrière il faut mettre du sens, permettre à chacun de faire ses propres adieux en fonction de ses convictions, organiser le départ du départ du cercueil, dire le devenir des cendres, c’est essentiel lors d’une crémation, savoir clore une cérémonie puis introduire le temps des condoléances où les gens vont manger un café brioche…

Pourquoi une cérémonie civile ?

Il y a un certain nombres de clés que le maître de cérémonie va pouvoir actionner :
L’inscription dans la mémoire : ‘le véritable tombeau des morts c’est le cœur des vivants’
Une ouverture sur un autre part : pour certains ça peut être un autre part religieux, pour d’autres un autre part symbolique
L’inscription de la mort du défunt dans l’histoire de l’humanité, pour une personne qui meurt, il y a un enfant qui naît, c’est la grande continuité que l’on peut évoquer.
Le renvoi à notre propre mortalité : si je suis mortel je peux mieux accepter que l’autre soit mort
On assigne une place aux restes mortels

Qui peut organiser la cérémonie civile ?

Quand il y a une société publique, des maîtres de cérémonie qui ne font que ça dans des crématorium qui sont dédiés, quelque part représente la Société , ça peut fonctionner plus ou moins bien en fonction de leur qualité.
Dans de nombreuses villes ce sont des sociétés privées qui ont parfaitement leur légitimité, est-ce que c’est le rôle d’un commerçant … ?

Pour l’inhumation pas de salle, pas d’officiant direct hôpital-cimetière. Quand les gens se marient tout comme pour les baptême républicains les gens ont droit à la maison commune au centre de la cité, ...Quand les gens sont croyants, ça ne choque personne que le cercueil soit porté au centre de la cité par des porteurs qui rentrent par la porte, alors qu’il existe un décret qui a fixé comment devait être fait un crématorium et il est écrit que le cercueil doit entrer en position horizontale par les parties techniques, d’où la nécessite de se réapproprier les funérailles pour les gens qui ne sont pas croyants, qu’il n’y ait plus cette inégalité majeure qui existe actuellement en rappelant que les églises ont été financées à leur création par la collectivité religieuse qui se confondait avec la collectivité publique et qu ‘elles sont toujours entretenues par la collectivité publique, donc les non-croyants peuvent avoir mieux qu’une salle polyvalente, …

Pratiques funéraires, vers de nouveaux usages

Globalement il y a un vrai contexte de révolution dans le domaine du funéraire :

  • Mutation profonde de la relation à la mort avec l’allongement de la durée de vie, les modifications des causes de la mortalité
  • La perte des repères religieux
  • Une mort qui se décide de plus en plus
  • Le taux de crémation qui augmente

Et dans le même temps personne ne s’en occupe . Les politiques qui ont besoin d’être élus sont dans l’Eros mais ils ne veulent pas entendre parler du Thanatos. Donc cela entraîne chez les professionnels un rôle qui est complètement différent, jusqu’à il y a une trentaine d’années, les professionnels du funéraire c’était l’ordonnancement des convenances , des schémas étaient parfaitement ancrés dans les pratiques : convoi de 1ere classe, 2ieme classe, 3ieme classe, l’affichage était obligatoire.
Maintenant, les professionnels du funéraire sont face à des gens qui sont dans des situations complètement différentes et ces professionnels sont dans l’accompagnement dans la singularité des gens, on est passé des pompes funèbres au service funéraire.
Le cimetière moderne, les fonctions d’un cimetière :

  • Réduction des corps
  • Support pour le deuil

Le don du corps, en France chaque année 5000 personnes font don de leur corps, c’est donc 5000 familles qui sont dépossédées en moins de 24h de leur défunt. Le défunt ne voulait pas embarrasser ses proches, il avait fait don de son corps à la science, donc deux ambulanciers arrivent et amène sur un brancard le défunt et après c’est le trou noir pour la famille, quel rituel, quel lieu de souvenirs, qu’est-ce qui se passe, quel est le moment où c’est fini ? ...Ce sont des questions terribles pour les familles,
Lieu de mémoire collectif :

  • Facteur d’intégration pour une population émigrée paradoxalement, carré confessionnel,
  • En ville, espace de fraîcheur, de biodiversité, sols perméables,

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Source : retranscription libre France Culture
Entretien enregistré en septembre 2017 dans le cadre du colloque "Que vont devenir les cimetières en Normandie, et ailleurs ?", sous la direction de Jacky Brionne, Gaëlle Clavandier et François Michaud-Nérard.
François Michaud-Nérard, fondateur de la société d’économie mixte "Services Funéraires de la Ville de Paris". Administrateur de l’Union du Pôle Funéraire Public, il est membre titulaire du Conseil national des Opérations Funéraires et du bureau de l’European Crematoria Network.