Déserts médicaux : des initiatives pour faciliter l’accès aux soins

En raison, notamment, du départ à la retraite d’un grand nombre de généralistes, certains territoires manquent de médecins. Selon une étude publiée en 2016 par l’association de consommateurs UFC-Que Choisir, 15 à 21 millions de Français vivent à plus d’une demi-heure du premier médecin ou spécialiste. Malgré les mesures mises en place pour lutter contre les déserts médicaux, le problème persiste. Face à cette pénurie, des initiatives ont émergé au niveau local.

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Créer des maisons de santé pluridisciplinaires (MSP)

Le territoire français compte aujourd’hui 910 maisons de santé pluridisciplinaires (MSP) et 334 autres sont en projet, sous l’égide des agences régionales de santé (ARS). Regroupant des activités médicales et paramédicales, les MSP favorisent les prises en charge coordonnées. Elles répondent au souhait des jeunes médecins de bénéficier d’horaires de travail préservant leur vie personnelle ou familiale et de travailler en groupe, pour échanger avec d’autres professionnels de santé. Les étudiants en médecine semblent intéressés par ces structures ; certains y voient leur avenir médical, ils les privilégient pour leur stage au détriment des cabinets isolés. Outre le fait d’apporter un certain confort de travail aux praticiens ainsi qu’un allègement de leurs charges, la mutualisation des ressources médicales garantit aux patients un meilleur suivi.

Le développement des MSP a fait ses preuves et permis de sauver la démographie médicale dans des départements ruraux comme la Mayenne, l’Aveyron ou la Meuse, se félicite le Conseil national de l’ordre des médecins (Cnom) dans son rapport « Améliorer l’offre de soins : initiatives réussies dans les territoires », publié en décembre 2016. Mais la désertification médicale ne concerne pas seulement les zones rurales, et des MSP voient le jour dans certaines villes d’Ile-de-France sous-dotées. Ainsi, depuis 2014, une structure de ce type regroupant une vingtaine de professionnels de santé libéraux (généralistes, spécialistes, dentiste, infirmiers…) s’est installée à Clichy-sous-Bois. Loin de l’image de la clinique habituelle, les patients sont accueillis dans un château, lieu emblématique de la ville, qui a été réhabilité. En Seine-Saint-Denis, le département le plus pauvre de France en généralistes, parfois perçu comme dangereux par les médecins qui y exercent seuls, plusieurs municipalités ont également misé sur les maisons de santé.

Des permanences de soins dans les villages

Dans certains départements, comme la Corrèze ou la Côte-d’Or, des maires ont signé des conventions afin que les médecins des MSP se déplacent dans les villages. Ils y tiennent une permanence au moins une fois par semaine, dans un local municipal spécialement dédié, doté de matériel informatique relié à la MSP. Par ailleurs, les ARS appellent les généralistes à s’organiser pour assurer la permanence des soins quand les cabinets médicaux sont fermés, afin que chaque malade puisse accéder à un médecin de garde en soirée, le week-end ou les jours fériés. Sur le secteur de Quillan et de Limoux (Aude), l’ARS a participé avec les élus locaux à l’installation d’un local de consultation de garde tout équipé, au sein du centre hospitalier, évitant ainsi l’engorgement des urgences. Il existe aujourd’hui plus de 200 maisons de garde médicales dans toute la France. Le patient qui appelle le 15 pour un problème de santé – par exemple une forte fièvre ne nécessitant pas un passage aux urgences, mais relevant de la médecine générale – sera orienté par le médecin régulateur du Samu vers la maison médicale de garde, quand il y en a une. Le patient trouve une solution de proximité et évite des heures d’attente ; l’Assurance maladie, elle, fait des économies. Le coût d’un patient aux urgences atteint en moyenne 200 euros, contre une soixantaine d’euros pour une consultation simple un samedi soir.

Les professionnels de santé s’organisent

Les médecins eux-mêmes lancent des initiatives pour trouver des remèdes à la désertification médicale. Les internes toulousains ont ainsi organisé un forum pour aider les futurs médecins à rencontrer leurs aînés en secteur rural et à entrer en contact avec les collectivités territoriales. L’Aveyron, où la démographie médicale et le vieillissement des médecins posent problème, est l’un des rares territoires ruraux à avoir redressé la barre et à compter plus d’installations que de départs à la retraite. Le mérite en revient aux deux tiers de médecins retraités aveyronnais qui sont restés actifs pour accueillir et former des internes.

Dans les Hauts-de-France, l’application Remplanord.org a été créée pour permettre aux praticiens installés de déposer des annonces lorsqu’ils souhaitent être remplacés. A la faculté de médecine de Brest, c’est un « généraliste dating » qui s’est tenu. Des médecins, des pharmaciens ou des infirmières ont fait la promotion de la commune dans laquelle ils exercent pour inciter des jeunes médecins à y faire des remplacements, voire à s’y installer. En Aquitaine, des médecins généralistes libéraux, équipés du matériel d’urgentiste, sont habilités à administrer les premiers secours en zone blanche. A Sens (Yonne), où, comme dans beaucoup d’autres endroits en France, les médecins, débordés, ne prennent plus aucun nouveau patient, SOS Médecins a signé une convention avec le centre communal d’action sociale (CCAS) pour tenter de limiter les répercussions du manque de praticiens sur la santé des personnes les plus vulnérables.

Des médecins « prêtés » par l’hôpital

Dans la région parisienne, les habitants de Grigny (Essonne) pâtissent d’une désertification médicale. Pour pallier le manque, la commune a signé un partenariat avec l’ARS, afin que l’hôpital détache auprès des habitants un médecin volontaire. Ce dernier exerce trois jours par semaine dans un cabinet médical prêté par la ville, entièrement équipé et doté d’un secrétariat. Les patients peuvent le consulter dans des délais raisonnables et ne plus renoncer aux soins.

Appel à des médecins étrangers

Depuis plusieurs années, le nombre de médecins diplômés à l’étranger exerçant en France augmente. A la ville ou à l’hôpital, ils comblent le manque de praticiens formés dans l’Hexagone. En 2017, plus de 22 000 médecins sur environ 200 000 avaient obtenu leur diplôme à l’étranger. Plus de la moitié ont été formés dans un pays situé hors de l’Union européenne, rapporte la nouvelle cartographie du Cnom. Comparé à 2010, le nombre de médecins diplômés à l’étranger a augmenté de quatre points. A Flogny-la-Chapelle, dans l’Yonne, un département où le nombre de généralistes diminue chaque année, deux médecins généralistes et un dentiste roumains exercent depuis 2009, pour la plus grande satisfaction des 1 000 habitants de la commune et des environs. Le maire de Thourotte, dans l’Oise, s’est tourné quant à lui vers une coopérative, basée à Naples, qui met en relation les communes françaises à la recherche d’un médecin de proximité et les praticiens italiens prêts à émigrer. L’Ordre des médecins voit d’un bon œil ce type d’initative, car l’Italie et la France respectent l’équivalence des diplômes d’un pays à l’autre. A condition, toutefois, que les praticiens d’origine étrangère démontrent qu’ils parlent suffisamment français pour exercer sur le territoire et qu’ils s’inscrivent à l’Ordre des médecins.

Développer la télémédecine

Des plateformes et des cabines permettent d’avoir accès à un médecin par visioconférence. Dans la pharmacie mutualiste de Roanne (Loire) est testé un cabinet médical connecté. Cette cabine, équipée d’un siège, d’un écran et de différents outils de mesure (balance calculant l’indice de masse corporelle, tensiomètre, stéthoscope, dermatoscope, rétinographe, etc.), permet de consulter un médecin à distance, dans une région où l’on compte peu de praticiens et où plus d’un tiers de la population est âgée de plus de 60 ans. Le village d’Oberbruck, dans le Haut-Rhin, s’est lui aussi lancé dans la télémédecine depuis septembre 2016. Le maire de ce village de 450 habitants – des personnes âgées pour la plupart –, a restauré un local et mobilisé des médecins salariés travaillant à distance, par écrans interposés. Une infirmière accueille les patients sur place.

Inciter des médecins à s’installer

Trouver un travail au conjoint, fournir un logement, simplifier les démarches administratives : certaines petites communes se battent et font preuve d’imagination pour attirer des médecins. L’initiative de Landudec, une petite ville du Finistère de 1 400 habitants, dotée d’une maison médicale avec une infirmière, un kinésithérapeute et un ostéopathe, mais qui ne parvient pas à trouver un généraliste, a fait grand bruit. Durant l’été 2016, une vidéo décalée intitulée « Toubib or not toubib » a été tournée pour vanter ses atouts. En dépit du buzz généré sur les réseaux sociaux (près de 500 000 vues), le bourg, situé en zone médicale blanche, n’a pas réussi à attirer de praticien. Depuis peu et pour une durée de six mois, les habitants bénéficient des services d’une start-up bretonne proposant des consultations médicales par téléphone.

Le maire de La Roche-Derrien (Côtes-d’Armor), Jean-Louis Even, a eu plus de succès. En mars 2016, il fait savoir sur France Info que sa commune de 1 000 âmes va recruter un druide pour remplacer son médecin. Cette annonce, qui n’est qu’un canular, va se révéler une bonne opération de communication : « Il y a eu des articles de presse jusqu’aux Etats-Unis. Le buzz a été énorme », se réjouit le maire. Depuis octobre 2016, une jeune femme médecin s’est installée dans la commune.

Catherine Chausseray

Les mesures mises en place depuis 2012

Pour repeupler les déserts médicaux, le gouvernement a lancé en 2012 le Pacte territoire-santé. Formation des médecins, mesures d’incitation à l’installation, développement d’infrastructures sont les principaux axes autour desquels se développe le plan d’action. Il comporte des engagements dans ce sens, dont :• Les contrats d’engagement de service public (CESP), permettant au jeune étudiant ou interne de bénéficier d’une bourse en contrepartie d’un engagement d’installation dans une zone sous-dotée.• L’élargissement du champ de compétences de certains professionnels de santé, comme les orthoptistes, les infirmières, les sages-femmes…• La garantie d’un accès aux soins urgents en moins de trente minutes, notamment en augmentant le nombre de médecins correspondants du Samu, qui est passé de 150 à 600 entre 2012 et 2015. D’ici à 2017, 700 médecins généralistes auront été formés à l’aide médicale d’urgence. Les moyens héliportés seront optimisés pour permettre des délais d’acheminement à trente minutes maximum. • L’augmentation du numerus clausus de 478 places, soit une hausse de 6 % du nombre total d’étudiants admis à l’issue du concours de fin de première année. En 2017, 8 124 places, réparties en fonction des besoins des régions, seront ainsi ouvertes.